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La tête posée contre la vitre du train, Ziggy regardait le paysage défiler et pensait. Il pensait qu'il avait fait
le bon choix, qu'il avait pris le bon train. Au fil des minutes, un nœud se desserrait dans sa poitrine, c'était surement parce qu'il s'éloignait de tout ça. Des gens. Ces gens avec un seul mot à
la bouche, toujours le même. Mange. Ce mot, il ne pouvait plus l'entendre mais personne ne l'avait compris. Personne n'avait compris qu'en le répétant ils enfonçaient Ziggy dans sa névrose. Mais
il était parti et plus jamais il ne les entendrait prononcer ce mot. Mais il avait honte. Pour la première fois de sa vie il avait fuit. Il avait fuit un quotidien sordide, il avait fuit ses
parents, il avait fuit son passé. Mais pouvait-il mettre assez de distance entre lui et le reste ? Les kilomètres n'éloignaient pas le passé et il ne le savait que trop bien. La douleur dans son
dos coupa le fil de ses pensées, il descendrait au prochain arrêt, ne pouvant plus supporter l'inconfort du train.
Ziggy sortit donc à la gare suivante et ne regretta pas son choix en voyant un contrôleur monter dans son wagon : il avait toujours voyagé gratuitement. Il reporta son attention sur la gare, il
na connaissait pas la ville dans laquelle il venait d'arriver mais il était toujours dans le Nord de la France, donc toujours trop proche de ce qu'il cherchait à fuir. Ne voulant pas attendre un
prochain train, il partit à pieds. Après deux heures de marches au bord de la route, un camion s'arrêta et le pris en stop. Le camionneur n'était pas particulièrement bavard et allait en
Auvergne, ce qui était assez loin pour Ziggy.
La nuit était tombée depuis deux bonnes heures quand le camionneur s'arrêta et sortit du camion avec un joyeux " Bienvenue au milieu de nulle part !". Ca
tombait bien, c'était là que Ziggy voulait aller : nulle part. Il n'avait pas sommeil et décida donc de faire le tour du village dans lequel il était arrivé. Il n'avait pas fait trios pas qu'il
s'était mis à pleuvoir. Il avait toujours aimé la pluie, cette présence rassurante, caressante. La pluie lui correspondait, il pleuvait constamment dans sa tête mais jamais sur ses joues.
Pourquoi pleurer quand le ciel le fait pour vous ? Il s'allongea là, à même le bitume pour s'enivrer de cette eau ruisselante et omniprésente. C'était une nuit sans étoile et il n'y avait aucun
lampadaire dans cette rue. Ziggy était entouré d'obscurité, il faisait partie de l'obscurité. Il ne faisait qu'un avec la pluie et la nuit. C'est sur ce sentiment de réelle harmonie qu'il finit
par s'endormir, se souciant peu du sol inconfortable ou du froid dans ces os.
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